Lesneu

Quand on est brestois, brestôa de Brest-mêm’, c’est souvent avec une certaine condescendance que l’on observe ce qu’il se passe au-delà de l’arc de cercle formé au nord de la rade par les limites de la CUB. Le Léon. Déjà, Plabennec, c’est pas jojo. Alors Lesneven, pensez-donc! A la rigueur, on y garde des attaches familiales, la tombe de mamie ou la ferme de tonton que les cousins n’ont pas repris mais y vivre, sa jeunesse notamment, soyons sérieux.

Pourtant, depuis quelques années, une bande de léonards juvéniles (pour certains à présent exilés à Nantes) se permet de faire la nique aux citadins du bord de mer. Bantam Lyons, Djokovic, The Slow Sliders et maintenant Lesneu sont autant de preuves que s’il arrive que l’on s’ennuie ferme dans le coin, il y a de la ressource pour occuper ses après-midis pluvieuses. Alors évidemment, comme dans toute scène qui se respecte, étant entendu que l’on peut donc dorénavant parler de la « scène léonarde », l’écueil de la consanguinité n’est pas facile à éviter : ces types sont des paysans, pas des marins. Tenez, par exemple, Victor Gobbé, à l’origine du projet solo Lesneu est aussi membre des Slows Siders et de Djokovic, deux groupes dont les aspirations musicales ne sont pas radicalement différentes. Mais peu importe, lui et ses compères, s’ils ne sont pas d’excellents marins, savent par contre cultiver avec talent leur carré intime.

Vous voilà prévenus : la musique de Lesneu est bien capable de vous tirer une petite larme. Empreinte de douceur et de mélancholie, à l’image d’une première vidéo qui illustrait « Sergio » l’an passé, à base d’archives familiales en VHS, souvenirs colorés d’une enfance portée disparue. Adepte des choses simples, Lesneu pose un cadre sans fioriture où, conduites par une boite à rythme souvent discrète et une basse parfaite dans son rôle, une guitare étincelante et un clavier omniprésent suffisent à préparer le terrain au véritable instrument de prédilection de Victor Gobbé : sa voix. Ample, puissante, particulièrement attachante, elle bouleverse les canons habituellement plus rachitiques de la pop indépendante pour donner à ces morceaux ce grain si particulier et unique.

Alors, à sa façon, tel un véritable crooner pop, Lesneu réhabilite ce genre désuet qu’est le slow, celui des boums de notre adolescence, des filles que l’on n’ose pas inviter et des malentendus perpétuels. Si l’on excepte « Sergio », premier single à avoir vu le jour sur une autre structure brestoise, Beko, petit brin de tube pop pour virée printanière en bord de mer, les cinq autres titres de cet EP s’étirent nonchalamment, virevoltent au ralenti, parfois même de façon plus langoureuse comme ce « I Will » et ses chœurs angéliques délicieusement 70’s.

Avec ce premier disque, Music From The Masses, émanation du disquaire Bad Seeds de la place Guérin à Brest du haut de ses deux ans d’existence, confirme son ancrage brestois et son soutien aux « jeunes pousses locales ». Young Seeds. Disques, galas promotionnels, expos, concerts, partenariats avec les autres acteurs culturels de la région, Reno et Christophe, depuis des années impliqués de diverses manières dans la scène musicale brestoise, se démènent pour la faire vivre et mettre en lumière ses aspects les plus passionnants et ses membres les plus prometteurs.